Je voulais faire un tableau pour les Dorran, l’une des familles les plus riches de Ravel.

Leurs ancêtres ont participé à la construction de la ville. Aujourd’hui, ils possèdent des carrières, des contrats de construction et beaucoup de terres. Je voulais que leur maison nous dise quelque chose d’eux avant même que quelqu’un ouvre la bouche.

Qu’accrocheraient-ils au mur ? Que voudraient-ils faire admirer à leurs visiteurs ?

Pour répondre, il fallait remonter dans leur histoire. Une famille aussi riche et influente n’est pas arrivée là hier.

Recherches de personnages

Voici les Dorran.

Dessins en cours de développement. La bannière représente une génération antérieure.

C’est ainsi que je suis arrivé à Haren Dorran, l’ancêtre au centre du tableau. C’était un commandant victorieux qui avait sauvé la vie de son intendante pendant une guerre. Elle organisait le ravitaillement de l’armée.

Devenu gouverneur, il a ensuite imposé les règles du ravitaillement militaire aux foyers ordinaires, et puni ceux qui ne pouvaient pas les respecter. Il a fini par être destitué.

Ses descendants ont un véritable acte de courage à célébrer, et une disgrâce ultérieure dont ils préféreraient sans doute éviter de parler. Je comprenais très bien pourquoi ils commanderaient un immense tableau du sauvetage. Montrer aux visiteurs l’ancêtre héroïque. Leur proposer la version familiale de ce qui mérite de rester dans les mémoires.

Dans l’atelier

Les premiers tableaux ne me convainquaient pas.

Soyons honnêtes : les premières peintures m’avaient laissé sur ma faim. Beaucoup ressemblaient à une page de la BD posée sur du tissu. En voici deux.

Ces sujets avaient une raison d’exister. Mais je voulais sentir qu’un habitant de ce monde avait fait ces œuvres. Quelqu’un avec des opinions. Quelqu’un qui pourrait exagérer un visage, tordre un paysage ou donner à un héros une taille absurde, parce que c’est ainsi qu’il voudrait qu’on se souvienne de lui.

J’avais passé tout ce temps à réfléchir à cette civilisation et je restais beaucoup trop prudent avec son art. Je voulais davantage de risques, de déformations, de vie dans l’écriture et le trait. J’ai gardé les premières études, mais changé de direction.

Haren donnait une raison à ce changement. Ce seraient ses descendants qui paieraient le tableau. Le peintre n’avait aucune obligation d’être équitable avec tous ceux qui y figuraient.

Deux dessins, une commande
Second dessin à l’encre : les racines deviennent de larges rubans courbes, la route s’aplatit en deux bandes et les silhouettes répétées accentuent l’immensité d’Haren.
Second dessin. La route s’aplatit en bandes ; les racines deviennent de grandes formes courbes.

Dans le premier dessin de la bannière, Haren était déjà immense. Mais la route, à droite, serpentait encore vers le lointain, et les racines enchevêtrées étaient décrites avec soin. Le dessin montrait la scène. Je voulais qu’il défende plus franchement la version de la famille.

Dans le second, la route devient deux bandes plates. Les personnages se réduisent à de petites silhouettes répétées. Les racines forment de grandes boucles noires. Presque tout ce qui entoure Haren contribue désormais à le rendre énorme.

Une fois ce dessin retenu, je suis passé à la couleur : du rouge sur son manteau, du bleu-vert sur les routes, des racines noires sur un fond ocre. Je voulais que le tableau attire l’œil de l’autre bout de la pièce, avec de petits personnages à découvrir en s’approchant. L’un d’entre eux compte beaucoup.

Détail de la bannière : le petit personnage secouru lève les yeux vers Haren, leurs mains jointes.
Haren et l’intendante dont il a sauvé la vie.

La personne que sa famille préférerait peut-être oublier.

L’intendante sauvée par Haren a plus tard réclamé publiquement sa destitution. Elle continuait à reconnaître qu’il lui avait sauvé la vie. Elle s’opposait aussi à ce qu’il faisait subir aux gens qu’il gouvernait.

Ils ont donc une histoire commune avant de devenir adversaires. Sa gratitude est réelle. Ses raisons de se méfier de lui aussi. Une génération ultérieure de Dorran fait même construire un escalier public en son honneur, bien que plusieurs membres de la famille détestent assister à sa commémoration.

Ce que j’apprends

Le monde doit exister avant l’arrivée de nos héros.

Ça m’arrive sans arrêt en construisant Verdant. J’ajoute un tableau, un outil, un vêtement, une façon d’écrire, et me voilà reparti dans le passé. Qui l’a fabriqué ? Qui pouvait se l’offrir ? Pourquoi quelqu’un le voulait-il assez pour le payer, le garder, le transmettre ?

Un mur demande des gens pour le construire et quelqu’un pour payer les travaux. Dans l’histoire des Dorran, les murs ont dégagé des terrains sûrs pour des habitations. La famille a reçu des baux en paiement. Ces baux sont devenus une richesse dont ses descendants profitent encore. L’architecture me dit désormais qui détient le pouvoir, et pourquoi.

Le tableau fait la même chose. Il me donne une famille qui essaie de contrôler le souvenir d’un ancêtre. Il me donne aussi des gens qui savent parfaitement ce qu’elle passe sous silence.

J’imagine très bien un invité fortuné admirer cette immense bannière, se montrer très poli, puis en rire sur le chemin du retour. Les Dorran veulent qu’on retienne le héros. Leurs invités risquent de passer la soirée à parler du gouverneur déchu. Voilà une façon coûteuse de fournir un sujet de conversation.

Aucun de nos héros n’a besoin de déclencher cette rencontre possible. La fierté, la gêne et les raisons de prendre parti sont déjà là. Quand l’histoire commence, les personnages entrent dans un monde où d’autres vivent, construisent, s’entraident et se fâchent depuis des centaines d’années. Leurs choix ont des racines.

Je n’ai pas besoin de tout expliquer chaque fois qu’un personnage entre dans une pièce. Mais je veux en savoir assez pour que la pièce, les gens qui s’y trouvent et leur façon de se traiter tiennent debout. Un tableau peut discrètement faire une partie de ce travail.

J’adore cette partie. Son ampleur me fiche aussi une sacrée trouille. J’ai le cerveau en surchauffe à force de remonter des générations de politique familiale, alors que je suis encore censé choisir des choses pour un salon.

Et voici ce qui traîne aussi sur le bureau.

Un tableau a beaucoup de voisins.

Des études réalisées au fil du projet. Des vêtements, des objets, des croyances, l’autorité publique, des maisons, des gens et la ville qui les entoure. Tout est encore en cours de travail.

À propos de ces études

La cour est une étude en vue de dessus des toitures. L’éventail, l’image sacrée et l’insigne du guet sont des propositions de design distinctes. Les choix retenus pour les personnages et les vêtements gardent leur portée initiale. La vue de la ville montre un assemblage antérieur dont la perte de détails est connue ; ce n’est ni une carte achevée ni une validation du modèle de hauteur ultérieur. Ouvrez chaque image pour voir l’étude entière.

VERDANT WILDS Notes depuis un monde imaginaire en construction.

Sources et fabrication

Cet article adapte à la première personne les décisions de Guillaume consignées dans Art & Craft. Le texte est une reconstruction éditoriale, et non un journal ou une conversation reproduits mot pour mot. Le sauvetage d’Haren, son gouvernement civil, sa destitution et l’escalier ultérieur viennent des chapitres historiques et familiaux du worldbook. Les trois portraits des Dorran sont des recherches visuelles, pas des biographies définitives. La réaction imaginée de l’invité est une possibilité évoquée dans les derniers retours du créateur, pas une scène établie.

La bannière est une proposition de commande familiale réalisée après les événements. La bataille et les visages relèvent de l’interprétation d’un artiste au sein de la fiction. L’inscription est un travail de lettres expressif, pas une transcription vérifiée de la langue du monde.

Les œuvres existantes ont été générées avec GPT Image sous la direction de Guillaume Defer, en passant par une révision de l’encrage avant la couleur. Le monde, les recherches visuelles et ce texte éditorial ont été développés avec l’aide de l’IA. Cette page reprend les images originales. Les premiers tableaux sont des études conservées d’avant le changement de direction artistique, pas des versions ratées de la bannière d’Haren. Le détail reprend la même étude en couleur et garde visible toute la figure de l’intendante.